Pablo Katchadjian : Merci

Merci

« Je ne saurais dire quel fut l’ordre de quoi. Ce que je peux dire, c’est qu’en ingérant la première racine, qui était bleue, avec sur la partie supérieure des points semblables à des yeux et sur la base des petites pattes qui n’étaient pas sans évoquer celles des oiseaux, j’entrai, ou nous entrâmes, dans un trou noir en plein milieu du néant et que cela ne dura que quelques minutes – encore qu’il soit difficile de le savoir avec précision – puis qu’ensuite nous mangeâmes une nouvelle fois cette racine bleue – à laquelle j’avais peut-être ajouté de mon côté deux ou trois fils fluorescents – et que nous retournâmes alors dans le trou noir, un trou qui était le néant, mais un néant où quelque chose semblait préparer son apparition; telle était du moins l’impression que cela donnait. Nous ne comprenions pas, mais l’effet, néanmoins, nous intriguait, nous en mangeâmes donc à nouveau. A la sortie, cette fois, nous nous regardâmes avec effroi car, quand bien même la sensation était celle d’une complète inactivité de notre corps lors de notre séjour dans le trou noir, une fois de retour je pus constater qu’Hugo était pieds nus et que je m’étais hissé sur la table de nuit. « Que c’est il passé? » demandai-je. « Je n’en sais rien, mais nous nous sommes visiblement déplacés ». « Ce qui veut dire que pendant notre séjour dans le trou noir, au beau milieu du néant, notre corps, lui, est ici et s’active… »

 

Pablo Katchadjian : Merci aux Éditions Vies Parallèles, 2015.

 

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