Le Salon des Amateurs (Double Magazine #29)

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Now is supposedly techno’s new golden age. Of course, that doesn’t mean anything, but a breakthrough seems to have taken place over the last two years. With the benefit of emu­lation and the Internet, musical turfs have succeeded in their own way: like Low Jack, Antinote or Mind Records labels. On the one hand, East Paris’ underground scene is doing ok, in between Belleville’s DJ sets, and pogos at the Mécanique Ondulatoire. As for techno clubs, they seem delighted to entertain kids exploding their brains with credit cards. Today, a big Parisian club’s newsletter boils down to a list of famous names, twenty-five euro tickets, similarly priced drinks, and as much will to attend than to poke one’s eyes out. In be­tween those two ex­tremes, a night of turf-less musical freedom has become rare. However cool it may be to listen to new wave rarities in a bar, literally losing oneself in a sonic adventure for one night is another story altogether.

A place like home, where music could recover its complete freedom, with only friends, two bottles of wine and just as many strange records. Nights that would re­semble DJ Sundae’s mixtapes, like intimate playlists revealed on a large sound-sys­tem. Playing four hours of ambient and percussions, chatting, dancing, and revel­ling. After all we’re not asking for much, just four walls would suffice to reclaim this freedom. Such a club apparently exists; the rightly named Salon des Amateurs is Düsseldorf ’s contemporary art museum bar. It’s got everything it needs, that is to say nothing. The minimalist decoration comprises a large counter, a few chairs, and turntables. Nothing, apart from this thing that can’t really be found anywhere else, this ‘ je ne sais quoi’ that may float if it takes off.

To retrieve this freedom are the exact terms employed by DJ Vladimir Ivkovic, a resident, to summarise the state of mind of the club that isn’t one. Alike Hakim Bey’s precious temporary auton­omous zones, a small group regained control not over a bar, but over this im­probable elsewhere, where anything could happen. The salon’s gravitating circle formed with the arrival of Detlef Weinrich, member of the post-rock band Kreidler. Detlef, who is also known under the nickname Tolouse Low Trax, has held several DJ sets at the Salon until he eventu­ally came back every week as the ru­mour grew. Al­though the rule specifies that there is no rule, the Salon’s classics rapidly imposed themselves, such as ImpLOG’s famous single Holland Tunnel Dive : a vacuum cleaner and a post-punk saxophone’s captivating dialogue. Quickly more fol­lowed: Jan Schulte (Wolf Müller), Lena Willikens (from Cómeme records), and Vladimir Ivkovic.

The latter, shaved temples, thick beard, and shrewd-eyed, reveals that none of them three hold the Salon under one single definition, which is all the better since here is precisely the place where everything can be played, within the fundamental freedom of hearing any music, at any time, without worrying about a peak-time or any oth­er constraint. The concerned party will admit that sailing this unusual boat feels like lending the keys to some impostor, yet nothing could be further from the truth. This humility hides a sincere pas­sion, allowing for the moments of joy and uncertainty. Asserting its freedom, the program may welcome a group of dervishes exhibiting their sabres in the dark of the night, before dancing to Craig Leon. It seizes you, and you let go. While it might seem diminishing, the Salon may be associated with a spe­cific sound: Wolf Müller’s percussions, a certain slowness, or Mitteleuropa’s re­cords. What makes Vladimir the happi­est is to see those guys wearing shirts and ties who randomly come by to have a drink and leave at 5AM with a huge smile on their faces, trying to figure out what just happened to them: “What ex­actly did I dance to?” Those words, like an ultimate resonance, could sum up the whole impulse. In tune with this unusu­al space, the satellite label Themes For Great Cities spreads this last month’s most beautiful electronic records, desira­ble objects released in a few editions only. Another way to prolong the Sa­lon’s atmosphere at home…

www.salondesamateurs.de

Version française :

On vivrait un nouvel âge d’or de la techno, ça ne veut rien dire bien sûr mais la percée semble à l’oeuvre depuis deux ans. L’émulation et Internet aidant, des chapelles musicales cartonnent à leur manière, on pense à la bande de Low Jack, le label Antinote ou Mind Records. D’un côté l’est-parisien se porte pas mal avec son petit underground, entre djs sets à Belleville et pogos à la Mécanique Ondulatoire, quant aux clubs techno, ils semblent ravis d’avoir des kids qui se démâtent la tête avec leur carte bancaire. Recevoir une newsletter d’un gros club parisien aujourd’hui c’est y lire une liste de noms connus, des entrées à vingt-cinq euros, des boissons au même prix et un désir de s’y rendre proche du néant. La liberté musicale sans chapelles, entre ces deux pôles se fait rare sur le temps d’une nuit. S’il est cool d’aller écouter des raretés new-wave dans un bar, se perdre littéralement le temps d’une nuit dans une aventure sonore en est une autre.

Un lieu où la musique aurait toute sa liberté retrouvée, un peu comme à la maison, entre amis. Entre deux bouteilles de vin et autant de disques étranges. Des nuits qui ressembleraient aux mixtapes de DJ Sundae, comme des playlists intimes dévoilées sur un gros sound-system. Passer quatre heures de percussions et d’ambient, discuter, danser, exulter. Au fond on ne demanderait pas grand chose, quatre murs suffiraient pour reprendre cette liberté. Ce club existe à priori, le bien nommé Salon des Amateurs est le bar du musée d’art contemporain de Düsseldorf. Il y a tout ce qu’il faut, c’est à dire rien. Une décoration minimaliste composée d’un grand comptoir, de quelques fauteuils et de platines. Rien, mis à part ce truc qui n’existe plus trop ailleurs, ce je-ne-sais-quoi qui peut flotter si la sauce prend.

Reprendre cette liberté c’est exactement en ces termes que Vladimir Ivkovic, DJ résident du Salon aux goûts tranchants, résume l’état d’esprit de ce club qui n’en est pas un. A la manière des zones d’autonomie temporaires chères à Hakim Bey dans les années 90, une petite bande a repris le contrôle non pas d’un bar, mais d’un ailleurs improbable où tout peut arriver. Le cercle qui gravite autour du Salon s’est formé avec l’arrivée de Detlef Weinrich à Düsseldorf, membre du groupe post-rock Kreidler. Detlef, également connu en solo sous le sobriquet de Tolouse Low Trax enchainera quelques dj-sets au Salon pour y revenir chaque semaine, la rumeur grandissante. Même si la règle est qu’il n’y a pas de règle, les classiques du Salon s’imposent vite, tel le fameux single Holland Tunnel Dive de impLOG, passionnant dialogue entre un aspirateur et un saxo post-punk. S’y grefferont très vite Jan Schulte (Wolf Müller), Lena Willikens (du label Cómeme) et Vladimir Ivkovic.

Ce dernier, tempes rasées, barbe fournie et œil malin nous confiera qu’aucun des trois de la bande n’aura la même définition de ce qu’est exactement le Salon, et c’est tant mieux car c’est justement ici que tout se joue, la liberté fondamentale de passer n’importe quelle musique, à n’importe quelle heure, sans se soucier d’un peak-time ou d’une autre contrainte. Les premiers concernés avouent qu’être aux commandes de ce drôle de navire est comme filer les clés à des imposteurs, c’est loin d’être le cas. Derrière cette humilité se cache juste une franche passion qui laisse libre cours à des instants de joie et d’incertitude. La liberté de programmer un groupe de derviches qui exhibent leurs sabres en pleine nuit et danser ensuite sur Craig Leon. Se laisser happer, lâcher prise. On pourrait tout de même rattacher « un son » au Salon même si cela serait réducteur, on penserait aux percussions de Wolf Müller, à une certaine lenteur, aux disques de la Mitteleuropa. Ce qui rend Vladimir le plus heureux, c’est de voir ces types à chemise et cravate qui passent là par hasard pour boire un verre et qui en ressortent à 5h du matin, avec un énorme sourire sans trop comprendre ce qui leur était arrivé : « Mais sur quoi ai-je dansé en fait? » Une phrase comme une ultime résonance, et qui pourrait résumer tout cet élan. En phase totale avec cette espace hors du commun, le label satellite Themes For Great Cities essaime les plus beaux disques électroniques de ces derniers mois, des objets de désir tirés à peu d’exemplaires. Une manière comme une autre de prolonger chez soi l’ambiance Salon.

Maximilien Oedipe Purple.

Article paru dans le numéro 29 de Double Magazine.

4 Commentaires

  1. Pingback: Rex Ilusivii : In The Moon Cage (Offen Music) | oedipe purple

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