Acid Arab : L’Interview

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Rendez-vous dans un café parisien avec Acid Arab, enfin avec Hervé Carvalho car Guido l’autre tête pensante du duo était souffrant, la faute à une sale histoire de doigt dans l’œil… Après quelques mois d’attente l’album Collections sort enfin chez Versatile : casting haut de gamme, compositions de grande classe, le disque est un petit bonheur de l’année écoulée. Interview.

1) Comment est on passé d’un groupe Facebook où l’on s’échangeait des liens YouTube à ce disque « Collections » qui vient de sortir chez Versatile ?

Et bien cela a mis un an en fait, le groupe Facebook a été la première réaction quand on est rentré de ce fameux trip en Tunisie et on a vite décidé de faire une soirée Chez Moune, on en a fait une ou deux je crois. Le groupe était né avec juste une idée de partage musical, c’était le déclencheur, il y avait plein de gens qu’on respectait comme Krikor, Étienne Jaumet ou Joakim qui postaient des choses. Krikor, qui est un bon pote, nous a filé le premier morceau avec ce remix d’Omar Souleyman, il revenait du festival du film de Marrakech et avait bidouillé pas mal de beats avec des samples d’Oum Kalsoum, ce genre de choses, il voyait très bien là où on voulait en venir. Ensuite il y eu Gilb’r qui était avec nous dans ce voyage, avec qui on s’est dit tiens on va faire une petite compile, j’en sais rien sur Beatport ou autre, un truc sans prétention. Gilb’r nous propose donc un morceau discoïde où il chante en arabe pour ses gosses, on trouve le truc génial, et du jour au lendemain on s’est mis à faire les choses plus sérieusement pour Versatile. Donc voilà, en parallèle de la soirée qui prenait bien, les portes se sont ouvertes et on a établi une sorte de cahier des charges avec ce qu’on voulait vraiment : la techno, la musique tradi, ce qu’avait créé Krikor en fait. On a voulu mettre la barre assez haute, on a envoyé quelques morceaux et les réponses positives arrivaient dans tous les sens. Skudge voulait un morceau, un retour de Carl Craig qui adoube le truc, chaque jour on vit ça de façon intense, ça grossit. On est pas dépassé mais, bon, c’est un peu flou tout ça entre le premier EP qui marche fort, les soirées également, c’est la première fois qu’on vit ça.

2) Lors de l’élaboration de l’album vous n’avez jamais eu peur de tomber dans les travers d’une mauvaise musique fusion, world ?

Ah si si carrément, ça fait partie du cahier des charges en tout cas, ce n’est pas notre crainte mais ce qu’on essaye de faire c’est de ne pas tomber dans cette espèce de fusion, du genre un beat de house avec un sample oriental. En terme de production déjà on ne sample pas, ou très peu, le sample est juste une évocation lointaine qui ne serait là que pour donner une couleur, c’est plus dans le ressenti tout ça, on veut garder une énergie brute, intacte, avec le son sauvage des machines, à l’instar de certaines productions Gnawa. On préfère cette évocation là, plus qu’un côté orientalisant, fusion, on ne veut pas faire dans le trop produit, trop joli, on privilégie l’énergie brute. Maintenant sur l’album on a un peu dépassé ce truc, en faisant des jams chez Versatile, on se retrouvait avec des morceaux plus pop, des choses berbères psychédéliques, plus weirdo, c’est ce qui nous plait, plus qu’un écrin fusion beaucoup plus lisse. Ce sera aussi le challenge pour monter le live, éviter le percussionniste qui accompagne un dj… On s’oriente plus vers une certaine radicalité.

3) Versatile, à l’inverse de nombreux labels des années 90 est toujours vaillant et pertinent. Vous n’auriez pas pu le sortir ailleurs ? Pourquoi ce choix ?

Franchement non, ce disque nous n’aurions pas pu le sortir ailleurs, déjà parce qu’honnêtement on aurait pas pu trouver mieux. Quand Gilb’r nous a dit qu’on pouvait sortir ça sur Versatile on a halluciné ! C’est un label qui ne suit pas vraiment les modes, ce sont des passionnés de musiques, ils marchent au coup de cœur, ils nous font confiance et sont à fond derrière nous. Et puis Gilb’r était avec nous dès le début, de part ses origines aussi ce projet lui tenait à cœur, lui même nous disait que ces disques nous ne pouvions les sortir ailleurs. Du coup ce n’est pas vraiment un choix, ça nous est tombé dessus quoi! Il a refait notre éducation aussi, comme lors de ce fameux séjour mystique, à manger des bricks dans le quartier juif de Djerba, c’était cool. On aurait pas pu mieux tomber, enfin je vois pas, en France…

4) Vous qui naviguez sur la scène électronique, que vous inspire ce « renouveau de la nuit » dont tout le monde parle, est-ce que la nuit vous excite encore, même 25 ans après l’acid house ?

Euh pfff, non, en fait ça ne m’intéresse pas plus que ça ! Je ne veux pas spécialement rentrer dans ce débat là, après franchement oui on s’éclate en ce moment. Ensuite c’est assez bizarre, nous on s’éclate, et d’autres s’éclataient tout autant il y a cinq ans par exemple, la façon de faire ne nous plaisait pas peut-être, je sais pas, on est toujours l’idiot d’un autre, tu vois ce que je veux dire. Actuellement c’est génial, il y a des jeunes qui bossent mais les anciens sont toujours là, je pense à Alex et Lætitia de Katapult qui font un travail extraordinaire, ils sont toujours là, très motivés, à fond, c’est un exemple. Mais en même temps on vient de passer le weekend à Amsterdam : putain ça fait quand même la fête différemment, même si ça bouge à Paris en ce moment, c’est bizarre ce que je vais dire mais ça manque cruellement de fun… Si je dois vraiment parler d’une soirée qui me plait en ce moment je dirais la Tropical Discoteq qu’organise Émile Omar au Pavillon du Lac, c’est assez génial, ils jouent principalement de la musique haïtienne, plein de trucs bien, ça vrille un peu, mais sinon y’a plein d’exemples positifs, comme cet été à Nanterre dans un festival organisé par La Mamie’s, on avait un public super jeune, qui dansait sur tout, tu as des lives, des dj’s, l’atmosphère est super hédoniste et surtout les gens sont hyper ouverts, pas comme dans certaines soirées techno à Paris où le mec va jouer un disque de soul et certains vont faire la tronche, vont râler, tu vois le genre de soirées dont je parle. Mais oui il se passe plein de trucs, et ce débat je m’en fous au final!

5) Le track « Surabaya » signé Mattia et qui clôt l’album est une somptueuse conclusion, plus contemplative, et moins orientale. Qui se cache derrière ce titre ?

Et bien c’est Mattias Bouaziz qui se cache derrière en fait, bon ça va faire name-dropping mais c’est le frère de Joakim, et c’est donc le premier morceau qu’il sort, on est très content de le sortir d’ailleurs. Comme tu dis y’a rien d’oriental, y’a presque rien d’acid, à part une petite ligne, lointaine, l’album est sorti de son postulat de départ avec Surabaya mais ce morceau lie un peu tous les autres. Il y a comme une évocation des grands espaces, on le joue souvent en soirée et les gens comprennent très souvent, il fonctionne parfaitement. C’est une superbe conclusion pour l’album, c’est psyché, planant, cette notion de voyage avec une production un peu crado, c’est très beau.

6) Comment voyez vous l’évolution du projet Acid Arab ?

Déjà on a l’envie de tourner le plus possible, ensuite avec Gilb’r on parle de faire un album Collections volume 2 parce qu’il y a plein de gens avec qui on a envie de travailler : avec la tournée on rencontre pas mal d’artistes qui ont des projets, c’est le côté jouissif d’Acid Arab ce crédo participatif. On aimerait également sortir un album avec les morceaux traditionnels que l’on joue, nos influences, tout ça, on espère que ça va se faire vite. Et puis on travaille aussi sur un EP 100% Acid Arab, en tant que producteurs, le live, pas mal de choses. Il y a un focus sur le monde arabe dans l’art en ce moment mais on pense sincèrement qu’il y a un profond changement qui est en train de s’opérer, plus qu’un effet de mode. Il y a cette idée de produire des rappeurs de la scène marocaine, tunisienne aussi, on a pas mal d’idées qui s’ouvrent, on part en Égypte bientôt, rencontrer du monde, jouer dans un festival, enfin voilà, qui sait, … Inch Allah!

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