Revue Singulière : Une Interview de L’Éditeur Singulier

Couverture

Alors que l’on boude la presse culturelle, on se passionne pour certains blogs. Alors que le papier se meurt à petit feu, des projets d’édition naissent quasiment sur le net. Le blog de L’Éditeur Singulier est une caverne des introuvables à sa manière, un rendez-vous obligatoire pour tout amateur de vieux papiers, de house music, d’élégance pop et de livres oubliés. Revue Singulière vient de paraitre et on voulait fatalement en savoir plus. Interview.

1 ) Sur votre blog le « je » l’emporte d’une élégante manière, votre publication elle semble s’ouvrir vers l’extérieur avec différentes plumes. Quelle était l’idée fondatrice de cette revue forcément singulière ? 

Au départ, il y a cette nouvelle d’André Maurois, Thanatos Palace Hotel, dont le titre m’a scotché. J’ai aussitôt cherché le texte, écrit dans les années 1930, et je n’ai pas été déçu : le pitch, la façon dont il est mené, son déroulement et sa chute – on comprend que Hitchcock l’ait adapté pour sa série Alfred Hitchcock Presents. J’ai pensé à une réédition, j’ai hésité, et puis je me suis souvenu que Jean Touitou, le fondateur d’A.P.C., m’avait dit avoir écrit quelque chose au lendemain de la mort de son cousin, William Baranès / Guillaume Dustan. L’idée de publier plusieurs textes est alors venue… un genre de revue, donc, même si dès le départ, il était clair que ce serait une revue singulière, hypothétique, sans ligne directrice.

2) Le sommaire est à l’image d’un blog où la hiérarchie est chamboulée. Au final comment passe t-on d’André Maurois à Louise Ebel ?

Le sommaire s’est fait en deux ou trois semaines, autour de Jean Touitou et André Maurois, sans réflexion, juste des envies, de vagues intuitions. C’est ensuite que des lignes de convergence sont apparues. On m’a fait ainsi fait remarquer l’importance des années 80, ce qui m’avait échappé. Le sommaire est à l’image de ma bibliothèque : disparate, vaguement incompréhensible. Il y a des noms d’hier et d’aujourd’hui ; il y a des gens que je connais personnellement, parfois même depuis longtemps, et d’autres que je n’ai jamais rencontrés. Il y a des « écrivains » et d’autres qui ne sont pas (encore) considérés comme tels. Quand je regarde ce sommaire, je suis étonné par le nombre de participants à qui je suis arrivé via Internet, d’une manière ou d’une autre (un mail, Facebook, Twitter, un blog…). Pour ce qui est de Louise Ebel, je suis tombé sur son site – dont je ne suis pas le cœur de cible – en regardant les statistiques de mon blog… J’aime bien sa singularité, pour le coup : une « blogueuse de mode » qui cite Jean Lorrain ou Catulle Mendès, ça n’est pas courant.

3) Depuis quelques temps fleurissent de nouvelles revues hybrides, les mooks, cet hasardeux néologisme, comme XXI et consorts. Vous n’avez pas eu peur de vous perdre sur les étals des libraires ?

On ne joue vraiment pas dans la même catégorie. Je fais tout seul, ou presque, et mes moyens sont limités. Et en ne publiant qu’un ou deux livres par an, je suis de toute façon un peu perdu, dans les librairies. Pour ne rien arranger, j’arrive à un moment où la librairie et l’édition ne sont pas au mieux de leur forme… Mais je deviens déprimant là, non ?

4) Après les Chroniques du Dancefloor de Didier Lestrade, et le succès du Second Manifeste Camp de Patrick Mauriès, à quoi peut-on s’attendre prochainement chez L’Editeur Singulier ? 

Parler de « succès » pour Second manifeste camp, c’est très très exagéré. Si je vous donnais les chiffres de vente, vous seriez surpris – sidéré, même. Un tel livre est forcément confidentiel, pour ne pas dire… invendable – c’est inscrit dans son principe même. Pour la suite, c’est-à-dire cet automne, je vais rééditer un roman paru en 1983 chez Robert Laffont, Les Chérubins électriques, de Guillaume Serp. Guillaume Israël (c’est son vrai nom) était le chanteur d’un groupe post-punk / new wave, Modern Guy, qui n’a sorti qu’un album, produit par John Cale. Serp / Israël, lui, n’a publié que ce livre. Il est mort en 1987, à l’âge de 27 ans – un nom à ajouter sur la fameuse liste. Son roman, oublié, introuvable, est une très belle chronique sur le tournant années 70 / années 80. Je ne lui connais rien de comparable. Je ne sais pas s’il a trouvé beaucoup de lecteurs à l’époque de sa parution, mais je trouve plus que séduisante l’idée qu’il les trouvera peut-être trente ans plus tard… Je ferais tout pour ça. Depuis le début de ce projet, initié avec le journaliste Alexandre Fillon, j’ai rencontré beaucoup de gens de l’entourage de Guillaume Israël, et il se passe quelque chose de vraiment fort… À quinze ans, je rêvais d’être éditeur : c’était exactement pour vivre ça.

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