Interview : L’Incroyable Vérité de Femminielli

Bernardino Femminielli

 

Il y a quelques mois déjà lors d’un vagabondage sur le net m’est apparu cet étrange type sorti tout droit d’un giallo 70’s, perdu dans les volutes ésotériques d’une vidéo de Sabrina Ratté. Encore un énième concept post-chillwave se dit-on alors. Ce genre de projet mort-né traficotant le psychédélisme à coup de Photoshop et de couleurs criardes. La curiosité aidant on allait se renseigner un peu plus sur ce Femminielli au look de patron de discothèque véreux. Cuir, moustache et réminiscences disco, le bonhomme avait de quoi susciter le doute à l’heure du grand recyclage rétro. La perplexité fut de courte durée, on tombait littéralement amoureux de ces chansons rococo qui conjuguaient le Patrick Juvet de « Mort ou Vif » avec Lucio Battisti et Giorgio Moroder, bien loin des horreurs qui pullulent sur le blog Rose Quartz au final. En gros, on la fait courte, avec l’album « Double Invitation » qui sort chez Desire, Femminielli explose Sébastien Tellier en six morceaux tordus, poétiques et électroniques. Bernardino arrive donc avec un disque on ne peut plus addictif et quasi-parfait. Entretien. En attendant son concert prévu à L’Espace B demain soir.

1) Il y a quelques mois j’avais intitulé un post « Mais qui êtes-vous Bernardino Femminielli? » As-tu toi même la réponse?

Je suis quelqu’un qui souffre de sa bonne éducation et de son hypersensibilité. J’ai une personnalité qui contraste avec l’attitude trop passive et faux-blasé des nord-américains. La musique et les arts me dépriment, parlez-moi plutôt d’amour. Ce qui m’amuse dans la vie c’est de perdre mon temps avec des trucs éphémères. J’aime bien aller dans des tavernes à coke ou bar karaokés pour y observer les bagarres entre toxicomanes. Un spectacle gratuit pour votre petite bière et vos cacahuètes aux BBQ. L’ambiance de ces lieux m’aide à désaltérer, un paradis personnel où il n’est plus nécessaire de penser. J’ai une relation ouverte avec Jef Barbara si ça peut faire mouiller quelqu’un…

2) Comment passe-t-on de la scène noise qui sort des cassettes à cette ambitieuse musique disco qui sent la braguette?

Je n’ai jamais pensé que j’appartenais à une scène spécifique. Je participe plutôt comme un collaborateur dans un laboratoire artistique avec des vidéastes et des musiciens provenant de divers milieux. J’aime explorer différents courants musicaux et pour me faire plaisir, je crois que je me considère plutôt comme un chanteur de variétés. J’adore le disco mais je la préfère avec tragédie. Ce qui est important c’est que la musique puisse me ressembler et non le contraire. Mon intention est de faire une musique qui touche votre cœur et non seulement vos couilles.

3) Avais tu des modèles en tête avant de construire cette Double Invitation, d’ailleurs pourquoi est-elle double?!

Pour cet album, j’ai essayé de pousser plus loin le côté « telenovelas mentales » ou épisodes de schizophrénies de mes textes pour pouvoir coexister avec une musique qui pourrait sortir tout droit d’un film de science-fiction. Je suis encore surpris que Double Invitation soit une autre tentative personnelle de réaliser un film sans images, c’est peut-être ma propre façon d’écrire un script. Le nom de l’album s’est conçu autour de la chanson-titre, car elle fût ma première composition pour l’album et elle possédait cette particularité de raconter poétiquement et musicalement le dilemme auto-destructeur de plaire à soi-même et aux autres. La première partie du morceau donne l’impression que nous sommes des esclaves de nos pulsions recherchant des fantasmes de jouissance absolue. C’est une longue ballade nocturne qui n’en finit plus car vous êtes sûr d’y trouver une source de réconfort dans les bras de quelqu’un. Pour la seconde partie, le ton change, vous êtes allez un peu trop loin, vous regardez maintenant avec regrets vos anciennes vies et vous tentez stupidement de reconstruire des liens sans pouvoir y arriver car malheureusement le temps a tout transformé. C’est comme si un vortex innommable arrivait dans votre vie et prenait fuite vous laissant dévasté. Totale incompréhension… Il y a des jours où je préférai composer des chansons un peu plus joyeuses au lieu d’écrire des conneries sombres et schizophrènes. Mais ce n’est qu’un reflet de ma vie. Après avoir finalisé ce disque, ma vie conjugale s’est désagrégé et à pris feu, j’ai perdu l’amour de ma vie. Je ne suis aucunement rationnel lorsque je crois en des fantasmes tordus et malheureusement j’ai poussé le jeu un peu trop loin…

4) Il semblerait que tu sois assez proche d’une certaine aristocratie de la variété, française ou non, un peu flamboyante, mélancolique et glam, me trompe-je?

C’est bien le cas. Ces jours-ci, je vis entre la merde et le luxe! Blague à part, je suis un fan fini de la variété européenne depuis mon enfance. Personnellement, j’aime croire que cette musique est tellement plus complexe que l’on puisse penser. Elle possède une histoire joyeuse ou triste, des émotions et une finalité. C’est du théâtre pour vos moments de solitudes. Des alliés qui vous supportent lors de vos crises existentiels. C’est peut-être toutes ces raisons qui m’ont poussé à croire seulement en elle et rien d’autre. Ce monde musical me fait rire et pleurer, il me remplit, alors pourquoi chercher plus loin?

5) Que verra t-on le 19 décembre prochain sur la scène de L’Espace B à Paris?

Le concert sera différent de celui que j’ai donné avec Dirty Beaches au Point Éphémère en septembre dernier. Je n’avais jamais joué avec les deux mecs de Dirty Beaches pour ma musique car nous n’avions pas eu assez de temps pour pratiquer avant le début de la tournée. J’ai du improviser le show car au moment où Shub, notre guitariste, devait faire son solo de guitare, son verre de contact à commencé à lui brûler l’oeil et il a disparu. Cette fois, je serai accompagné par mon guitariste, Asaël Robitaille, (Bataille Solaire, Léopard Et Moi, Jef Barbara, Panopticon Eyelids) pour y interpréter les titres de Double Invitation, quelques nouveaux et anciens morceaux. Asaël est personnellement le meilleur musicien/compositeur à Montréal et une très grande inspiration pour moi. Il jouera d’ailleurs en première partie en tant que Bataille Solaire pour Black Devil Disco Club le 20 décembre à la Maroquinerie. Pour revenir au sujet, Femminielli c’est incohérent et foireux. Je suis comme un maître de cérémonie qui s’intoxique une fois sur deux pour être à fleur de peau, tout ce bordel se fait avec les sentiments et c’est pour cela que tout peut exploser. C’est comme être obligé d’aller à une fête en étant triste et défaitiste. Vous vous sentez dans le besoin de boire plusieurs cocktails forts pour vous intégrer au groupe et soudainement tout se transforme en partouze! C’est certainement pas très sain mais les russes m’ont convaincu que c’est un moyen de gagner ma vie.

6) Tu accompagnes également en concert le canadien Dirty Beaches au clavier, est-ce que cette expérience nourrit d’autres ambitions chez toi? Avez-vous un projet discographique commun pour les mois à venir d’ailleurs?

Ma participation dans le groupe d’Alex m’a apporté un grand plaisir à jouer live de mes instruments et à tenter d’aller plus loin dans l’improvisation. Contrairement à sa musique, je ne joue que très rarement d’un instrument, car je suis plutôt un musicien qui compose seul dans sa chambre et je préfère me concentrer à divertir un public avec mon acting ringard. C’est pour cette raison que j’ai d’excellents musiciens autour de moi. Nous venons de terminer l’enregistrement du deuxième album pour Dirty Beaches qui sortira l’an prochain sur Zoo Music. Nous avons commencé à produire quelques nouvelles maquettes pour son troisième disque qui sortira également en 2013.

7) Pour conclure, puisque nous approchons de la fin de l’année, qu’est ce qui t’a marqué en 2012 (films, musique, livres, etc.)?

Ma tournée en Europe de l’Est avec Dirty Beaches. Ma présente tournée avec Jef Barbara. Être pris en Islande pendant 3 jours et briser la glace avec les islandais en buvant autant qu’eux. Danser sur du ska avec des skinheads à Zagreb. Ma rencontre avec un millionnaire recherchant l’amour alors que moi je ne voulais qu’admirer les acrobaties olympiques des danseurs nus d’un strip-club à Vienne. Bref, 2012 n’était pas si mal que ça. J’ai récemment regardé plusieurs bon films comme World on a Wire et Despair de Fassbinder.. Angst de Gerald Karlg et Zbigniew Rbczynski m’a grandement marqué aussi. Côté musique, je dirais que le seul truc à m’avoir captivé est la dernière parution d’Andy Stott et le premier album de Marie Davidson.

 

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