Le vocoder préhistorique de Bruce Haack

Le toujours très inspiré label Stones Throw enfonce le clou avec une rétrospective de Bruce Haack. La maison mère de Madlib a eu la très bonne idée de réunir ses titres les plus électroniques, aux voix toujours modifiées, trente ans avant la domination de l’auto-tune et du vocoder. Encore un savant fou exhumé à la carrière on ne peut plus improbable, entre Pierre Henry, Todd Rundgren et Henry Dés. Enfin presque.
Le jeune canadien, très précoce musicalement, entra à la prestigieuse Juilliard School en 1954, qu’il quitta aussi vite huit mois plus tard, avec deux nouvelles passions en poche: la musique concrète et la pratique des instruments électroniques. Détendu du bas du ventre, après tant d’années de piano et de country, il ne s’en remettra jamais. L’histoire ne dit pas ce qu’il a découvert d’autre à New York…Dés lors il ne cessera d’œuvrer en ce sens.
En 1960 les américains découvrent sur la chaîne CBS le Dermatron, l’une de ses inventions, soit une sorte de Theremin amélioré. Aussi, durant cette décennie Haack peaufinera son art de la mélopée digitale sur des musiques d’éducation pour enfants, avec moult synthés, modulateurs et autres boîtes à rythmes. Puis avec une certaine Miss Nelson, il enregistrera une poignée de 33t pour les jeunes classes de danse. L’artiste a toujours ses faiblesses, et les enfants avaient l’air d’être une drôle d’obsession sur toute la carrière du bonhomme… Who’s bad?!
A l’instar d’un Joe Meek à la même période, le mélange d’éléments électro et de voix trafiquées se fait sentir. En 1963 cet iconoclaste se chargera d’un douteux mélange en combinant chants grégoriens et partitions électroniques! Aucun enregistrement ne subsiste. Tant mieux peut-être. On va la faire courte, en 1970 c’est le chef-d’œuvre Electric Lucifer, son seul album sorti sur une major. Un mélange de propagande anti-guerre sur fond d’acid rock, de moog et de chant modifié, sur un vocoder préhistorique. Album passionnant et culte, hautement recommandé cela va sans dire. Note du rédacteur: merci Napster au fait… Sa carrière sera ponctuée de travaux de commandes pour des jingles expérimento-pop, de quelques disques pour gamins turbulents et de collaborations avec le grand Raymond Scott.
Jusqu’à cet ultime duo en 1982 avec Russel Simmons de Def Jam, le label hip-hop. Party Machine. Un titre fou de plus de 8 minutes annonciateur de toutes les fusions à venir. Rick Rubin n’étant pas loin… Ce titre demeure comme le plus beau testament du Monsieur, et cette compilation un bel hommage envers un vrai fou chantant. De la trempe des Moondog, David Axelrod ou Joe Meek. Merci Madlib.

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